mardi 28 février 2012

Comment la france est devenue moche : Le paysage français, grand oublié des politiques d'urbanisation

Comme souvent, ce soir-là, Nicolas Sarkozy n'a pas fait dans la demi-mesure. Lors de son intervention, retransmise simultanément sur dix chaînes de télévision, dimanche 29 janvier, le président de la République annonçait son intention d'augmenter de 30 % les droits à construire sur "tout terrain, toute maison, tout immeuble". "Cela va donner un travail formidable à toute l'industrie du bâtiment, expliquait-il. Deuxièmement, cela va augmenter considérablement le nombre de logements, donc cela fera pression sur les prix. Et enfin les prix de l'immobilier à l'achat, à la vente, et les prix à la location vont pouvoir baisser."

Martingale immobilière propre à satisfaire tout le monde ? Avant d'être adopté le 22 février par l'Assemblée nationale, le projet de loi a déclenché l'hostilité d'une grande partie du secteur. Les promoteurs promettent une flambée du prix des terrains, les agents immobiliers redoutent une désorganisation du marché, les constructeurs de logements sociaux s'estiment oubliés. Quant aux maires, chargés d'instruire les permis de construire et d'établir les plans locaux d'urbanisme, ils voient leurs pouvoirs entaillés par le nouveau texte.


Surtout, la loi semble passer sous silence un des aspects essentiels de la construction en France : le paysage. Si les années 1950 à 1970 ont été celles des grands ensembles, les trois dernières décennies ont vu le triomphe de la maison individuelle, qui représente aujourd'hui les deux tiers de la production de logements en France. Les tours et les barres des cités abîmaient les paysages du val de Seine ou les hauteurs marseillaises. Dorénavant, lotissements et maisons isolées colonisent, partout en France, vallées et coteaux, plaines et forêts. Les identités des communes s'effacent, leurs contours se floutent. Les enseignes commerciales défigurent les entrées des villes. Ce n'est plus la campagne, ça ne sera jamais la ville. Néant urbain ou néant rural, au choix.

L'ESPACE, "UNE RESSOURCE NON RENOUVELABLE"

Certes, le projet de loi exclut du dispositif toutes les zones préservées au titre du patrimoine naturel, comme d'ailleurs celles inscrites au patrimoine historique. Mais, hors de ces terres sauvegardées, quel effet la mesure aura-t-elle sur le paysage ? Peut-elle ralentir son mitage ou risque-t-elle de l'accélérer ? A quelle situation vient-elle répondre ? Sur quels principes s'appuie-t-elle ? A cette dernière question, Benoist Apparu, ministre délégué au logement, a une réponse assez simple : "Nous ne voulons plus consommer d'espace naturel, nous ne pouvons pas continuer à consommer de l'espace agricole et il nous faut construire davantage de logements, donc il faut densifier."

Densifier : le grand mot est lâché. Il y a dix ans, le terme aurait fait hurler le pays à l'unisson. A l'exception de quelques urbanistes, chacun réclamait "de l'air". Créer des espaces verts dans les villes, abattre des tours dans les banlieues, fluidifier la circulation pour rapprocher les périphéries du centre, étendre les bourgs... "Aujourd'hui, chacun constate les ravages du paradoxe français qui veut que l'on consomme plus d'espace que tous nos voisins mais que l'on manque toujours cruellement de logements, explique le paysagiste Bertrand Folléa. On "artificialise" 60 000 à 70 000 hectares chaque année, essentiellement des terres agricoles. Cela correspond à un département français tous les sept à dix ans. Par comparaison, l'Allemagne consomme 20 000 à 30 000 hectares. Les Français voulaient des maisons individuelles ? On a fait le choix de l'étalement urbain, en oubliant que l'espace était une ressource non renouvelable."


http://www.lemonde.fr/societe/article/2012/02/25/le-paysage-francais-grand-oublie-des-politiques-d-urbanisation_1647735_3224.html


http://www.telerama.fr/monde/comment-la-france-est-devenue-moche,52457.php

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